Couleur préférée au monde : quel est le choix des gens ?

Un chiffre brut, jeté comme un pavé dans le grand bain des certitudes : en 2017, plus de 30 000 personnes venues de 100 pays différents ont accepté de révéler leur couleur de prédilection. Les résultats ? Ils ont balayé les préjugés des spécialistes, qui anticipaient des fractures culturelles profondes. Pourtant, malgré les écarts persistants entre générations et continents, un choix net s’est détaché. Les chercheurs, intrigués, continuent de scruter les raisons de cette étonnante cohésion chromatique.

Pourquoi certaines couleurs séduisent le plus grand nombre

Le bleu traverse les classements et s’impose, presque sans opposition, comme la couleur qui rassure. Stabilité, fiabilité, sécurité : ces valeurs lui collent à la peau, au point de lui offrir une popularité qui dépasse les frontières. Les études à l’échelle planétaire le confirment : le bleu inspire la confiance, apaise, invite au calme réfléchi.

Derrière chaque couleur, il y a pourtant bien plus qu’un simple pigment. Le rouge évoque la passion et l’énergie, jusqu’à l’urgence de l’action. Le vert revient sans cesse à la nature, l’harmonie, à ce désir de croissance qui traverse les temps. Le jaune, lui, porte la créativité, l’enthousiasme et la joie. L’orange affirme son dynamisme, déborde de vivacité.

Les couleurs façonnent nos univers et orientent nos choix, des vitrines de boutiques jusqu’aux rues et à la communication visuelle. Pour souligner leur impact, il suffit de s’attarder quelques instants sur ce qu’elles véhiculent :

  • Le noir renvoie une image de luxe, de mystère et de sophistication.
  • Le blanc évoque la pureté, une certaine simplicité, une sérénité apaisante.
  • Le violet fascine, oscillant entre créativité, spiritualité et distinction.
  • Le gris s’affiche sans détour : neutralité et sobriété revendiquées.
  • Le marron rappelle à l’authenticité, à la proximité et à la terre.

Derrière le choix d’une couleur, il y a toujours une histoire, personnelle ou collective. La psychologie des couleurs éclaire la relation complexe entre nos émotions et nos préférences. Car sélectionner une teinte, c’est aussi faire écho à son passé, à son environnement, aux souvenirs et aux attentes, qui se réinventent au gré des âges ou de la culture.

Tour du monde des couleurs préférées : ce que révèlent les sondages

La préférence pour une couleur n’a rien d’universel et varie nettement d’une région à l’autre, selon l’histoire et l’environnement social. En 2022, une enquête réalisée en Corée du Sud par Juliette Jue et Jung Hee Ha, de l’université Hanyang à Séoul, s’est penchée sur un lien troublant : un QI élevé, mesuré par le test de Raven, s’accompagne souvent d’une prédilection pour le bleu. Un point commun, certes, mais la nuance choisie diffère selon la génération.

Baby-boomers et génération X préfèrent les verts profonds, bruns, teintes rouille ou pastels. Les millénials, eux, affichent leur attachement pour un rose feutré ; chez la génération Z, les couleurs jaillissent : jaune éclatant, violet vif, vert intense. La génération Alpha n’hésite pas à inventer un univers de teintes naturelles, mais aussi saturées, presque irréelles.

Génération Couleurs dominantes
Baby-boomers, X Verts, bruns, pastels
Y (Millénials) Rose millénial
Z Jaune vif, violet, vert
Alpha Naturel, saturé, artificiel

Difficile de négliger le rôle de la culture : en Asie, rouges et jaunes riment avec chance, là où l’Europe continue de privilégier le bleu pour sa discrétion. Les professions aussi impriment leur marque : l’agriculture se tourne vers les nuances vertes et brunes ; le luxe préfère le noir, parfois rehaussé de rouge, jaune ou violet ; la technologie, elle, se dessine souvent dans des bleus ou gris modernes. D’un secteur à l’autre, chaque choix colore un univers, revendique des valeurs.

Le bleu, star incontestée ou récit trop bien installé ?

Le bleu s’impose sans réplique dans la plupart des études sur les couleurs préférées, dépassant générations et modèles culturels. Pourquoi ce succès qui ne se dément pas ? La psychologie des couleurs avance plusieurs raisons : il incarne la sérénité, l’ordre, inspire confiance et apaisement. Cette aura attire aussi bien la santé que la technologie ou les services, qui parient volontiers sur le bleu pour renforcer leur image et fédérer la confiance.

L’enquête menée à Séoul par Juliette Jue et Jung Hee Ha, en recourant au test de Raven, a mis en évidence que ceux qui obtiennent de hauts scores préfèrent les teintes froides, dont le bleu en particulier. Bien entendu, ce n’est qu’une corrélation, mais la tendance traverse tous les échantillons étudiés : on retrouve le bleu chez ceux qui valorisent réflexion, tranquillité, maîtrise.

Selon les univers, le bleu sait se réinventer :

  • Tout en retenue et élégance dans le luxe, souvent à côté du noir ou du rouge.
  • Promesse d’évasion et de calme dans le tourisme.
  • Visage rassurant pour la santé, et repère de solidité pour la technologie.

Le bleu s’est-il enraciné comme valeur-refuge ou entretient-on un récit collectif autour de cette couleur ? Les chiffres restent implacables : la préférence mondiale persiste, mais certaines générations s’en détournent parfois, éprises par l’énergie du jaune ou l’excentricité du violet. Le bleu domine, sans tout écraser, il doit composer avec des envies de singularité.

Jeune femme arrangeant des marqueurs colorés sur un carnet

Quand âge, culture et personnalité influencent nos choix chromatiques

La construction de nos goûts en matière de couleur ne relève jamais du hasard. Ils mûrissent à la croisée de notre âge, du contexte culturel, et d’aspects plus subtils de la personnalité. Un adolescent de génération Z aura tendance à privilégier des jaunes éclatants ou des violets vifs, là où un baby-boomer continuera d’associer son identité à des verts profonds et à la douceur des pastels. Le succès du rose millénial sur les réseaux sociaux a marqué toute une période, mais déjà la génération Alpha s’empare d’une palette audacieuse : entre couleurs naturelles et teintes presque artificielles, toutes les audaces s’autorisent.

Le sens culturel façonne aussi la vision d’une teinte : rouge synonyme de chance et de puissance en Asie, couleur de l’action en Occident ; vert synonyme d’harmonie pour l’Europe du Nord, sans forcément la même portée ailleurs dans le monde. Ces différences puisent dans l’histoire, l’éducation, parfois la dimension spirituelle.

À ce carrefour des influences, la psychologie des couleurs éclaire les tendances : Angela Wright s’est penchée sur les liens entre couleur et tempérament, Max Lüscher a consacré sa carrière à décrypter l’impact des teintes sur la psychologie, Karen Haller a analysé l’effet des couleurs sur nos comportements. Extravertis et introvertis se distinguent dans leur appétence pour l’intensité ou la discrétion ; le souvenir, l’expérience, la mémoire individuelle impriment leur marque sur chaque préférence, qui fluctue au gré d’identités multiples, parfois mouvantes.

Peut-être qu’un jour, une nouvelle couleur bouleversera la hiérarchie actuelle. D’ici là, c’est le bleu qui tient le haut de l’affiche, confident des rêves communs, témoin précieux des époques qui se succèdent et des cultures qui se rencontrent.

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