400 milliards d’euros. C’est le seuil que le marché mondial du luxe a franchi en 2024, d’après Bain & Company. La Chine, longtemps moteur euphoriquement cité, ralentit, tandis que les grandes maisons s’aventurent dans des collaborations inattendues, avec la tech, la street culture, et redoublent d’exigence sur la traçabilité et la durabilité.De nouveaux labels émergent, bousculant l’ordre établi grâce à l’essor de créateurs digitaux et de communautés engagées. Les codes du secteur, réputés intouchables, se retrouvent profondément questionnés, tiraillés entre attentes générationnelles inédites et contexte géopolitique mouvant.
Le marché du luxe en 2025 : entre continuité et ruptures majeures
En 2025, le luxe avance sur une ligne de crête, balançant entre stabilité des géants et poussées de changement. LVMH, Kering, Richemont tiennent solidement les rênes, mais la cadence se fait plus mesurée sur certains marchés clés. L’euphorie post-pandémique s’estompe, laissant place à une croissance plus nuancée. La Chine, longtemps locomotive, temporise : les tensions économiques et l’évolution des attentes des consommateurs rebattent les cartes. Les analyses de GlobalData et McKinsey le montrent : la Chine n’imprime plus, à elle seule, le rythme mondial.
La géographie du luxe se transforme. L’Europe et les États-Unis retrouvent des couleurs, soutenus par une clientèle locale et des touristes à la recherche de valeur durable, et non plus juste d’éclat tapageur. Sur le continent européen, malgré l’inflation, les ventes tiennent bon. Aux États-Unis, l’appétit demeure pour les accessoires emblématiques et les collections capsules. En Asie, hors Chine, l’essor se poursuit : le Japon et la Corée du Sud font du shopping de luxe un véritable phénomène culturel.
Business of Fashion trace les contours d’un secteur en mouvement. Les consommateurs réinventent l’objet du désir, en quête d’authenticité, de rareté, de personnalisation. 2025 esquisse un marché du luxe éclaté, fait d’équilibres mouvants : héritage contre ruptures, puissance des mastodontes face à l’émergence de nouvelles signatures.
Quelles attentes façonnent désormais la clientèle du luxe ?
Le parcours d’achat s’est métamorphosé en véritable mise en scène, oscillant entre digital et expérience physique. Une nouvelle génération de clients, millennials et gen Z en première ligne, ne tolère plus les frontières rigides. Ils recherchent l’émotion, la fluidité, la sensation d’être unique. Imaginez : entrer chez Hermès à Séoul, commander sur Farfetch, récupérer le tout à Paris. Pour eux, tout doit s’enchaîner naturellement, sans accroc.
Les maisons s’équipent d’outils sophistiqués pour garantir ce parcours ultra-personnalisé. Mais la rapidité et la disponibilité ne suffisent plus. Ce que réclame la clientèle ? Transparence, sentiment d’exclusivité, récit incarné. Une montre Patek Philippe n’est pas un simple objet : c’est une histoire à porter au poignet. Un sac Dior n’est pas qu’un accessoire : il devient un signe d’appartenance, une valeur refuge au sein d’une communauté.
Le marché de la seconde main s’est imposé comme une évidence. Des plateformes telles que Vestiaire Collective, Farfetch ou The RealReal font du luxe d’occasion un pilier de la consommation. La demande explose : rareté, traçabilité, durabilité sont devenues les nouveaux sésames. Les grandes maisons s’adaptent, s’associent, investissent ces plateformes. Se procurer un Kelly vintage ou une montre Panerai de collection, c’est afficher sa maîtrise des codes et une vision élargie du temps.
La fidélité des clients ne va plus de soi. Pour attirer cette clientèle globale, mobile, parfois insaisissable, il faut miser sur l’écoute, la capacité à surprendre, et une vraie densité relationnelle, en ligne comme en boutique. Les marques qui tirent leur épingle du jeu ? Celles qui transforment chaque interaction, chaque contact, en souvenir fort, en expérience qui marque.
Vers un luxe plus responsable : innovations et engagements marquants
Le luxe accélère sa transformation vers une responsabilité sociale et environnementale assumée. Les groupes LVMH, Kering, Richemont renouvellent leurs pratiques. Objectif : baisser les émissions de gaz à effet de serre tout en préservant l’exigence du raffinement. Kering, par exemple, vise une réduction de 40% de son empreinte carbone sur la décennie. LVMH place la traçabilité de chaque matériau au cœur de sa stratégie, du cuir au diamant, en s’appuyant sur la blockchain pour garantir authenticité et origine.
Ce qui prime désormais, c’est l’innovation. Stella McCartney expérimente des textiles bio et des techniques de tannage végétal. Moët & Chandon opte pour l’agroécologie dans ses vignobles. Pomellato privilégie l’or recyclé et les pierres issues de filières responsables. Et la réparabilité s’installe comme une évidence : Richemont, par exemple, déploie des ateliers spécialisés dans la remise à neuf des montres anciennes.
La digitalisation sert également la durabilité. Cegid Retail équipe les boutiques pour optimiser les flux, limiter les stocks dormants, sécuriser la chaîne logistique. Les NFT, encore balbutiants, ouvrent de nouvelles voies pour certifier et protéger la propriété numérique. Les critères ESG s’imposent dans les rapports publics, tandis que les clients scrutent, comparent, vérifient que la promesse de RSE trouve un écho réel dans chaque création, pas juste sur le papier.
Redéfinir la désirabilité : comment les codes du luxe évoluent-ils face à la modernité ?
En 2025, le luxe ne se résume plus à un monogramme brodé ou à un cuir patiné. Les codes historiques se transforment, parfois discrètement, parfois de façon éclatante. Chanel et Louis Vuitton s’emparent du metaverse, tandis que Gucci et Prada font de l’expérience client une aventure sensorielle, connectée, souvent hybride, toujours scénarisée. La distinction entre boutique et univers digital s’efface. Les NFT s’invitent dans les collections capsules, apportant exclusivité et traçabilité grâce à la blockchain.
Quelques exemples concrets illustrent ces mutations :
- La désirabilité se construit désormais dans la rareté, mais aussi dans la capacité à raconter : collaborations artistiques, lancements éphémères, récits augmentés.
- Se réinventer passe par le croisement du digital et de l’émotion. Tiffany & Co. propose sa bague iconique en version NFT, tandis que Jo Malone London offre la personnalisation de parfums en ligne.
Les marques de luxe réinventent la proximité avec leurs clients. Un achat en un clic devient un acte de distinction. Sur WeChat, le live shopping transforme la présentation produit en moment interactif, installant de nouveaux rituels. Le luxe, longtemps synonyme de secret, se mue en laboratoire d’expériences immersives et de narration inventive. Impossible de prédire la prochaine frontière, mais une chose est sûre : le désir, lui, ne connaît pas la crise.


